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 [BG] Umihe

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Umihe



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Date d'inscription : 13/02/2010
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MessageSujet: [BG] Umihe   Mer 17 Fév - 23:59

Le grain fin du sable blanc s'échappait d'entre ses doigts réunis en une pluie éparse, aussitôt saisi par le vent du soir, le menant de sa main entrouverte à d'autres horizons inconnus. Jonchant le sol, un étrange artefact noir, d'un bois torturé sculpté par d'habiles mains d'artisans, était accompagné de quelques morceaux de verre. Les restes reconnaissables d'un sablier.

Sa main tâtonnante s'attarda sur une longue chaîne pendant à ses côtés, elle s'y resserra doucement avant de l'attirer à elle, faisant crisser chaque anneau la composant sur le sol en un bruit métallique horripilant pour la plupart des gens mais qu'elle avait apprise à apprécier avec le temps. Après tout ces deux chaînes liées en une était pour elle bien plus qu'une protection ou une arme, elles étaient une partie d'elle même.

Ses deux yeux rubis étincelèrent doucement, faisant un écho troublant à la lueur animant deux pierres de Duros fixées à chaque extrémité de la chaîne. Elle tira la chaîne un peu plus, parvenant enfin à jouer de ses mains sur les contours des deux joyaux. C'était un jeu dangereux elle le savait que de se laisser ainsi aller à contempler les flux d'Orion, mais le danger était une chose si banale finalement qu'elle aimait laisser cette sensation grisante l'envahir.

Un léger frisson, elle poussa un petit cri, cristallin, surprise une fois encore, une fois de plus, par le contact des deux pierres sur son esprit. La dualité était parfaite, en ces pierres les principes féminins et masculins, présents en toutes choses en des proportions variables, s'équilibraient de façon dynamique et parfaite. Si ce miracle avait été rendu possible par l'ouvrage des artisans de Duros, elle même était encore loin d'avoir atteint pareille harmonie des deux principes en elle.

C'était une recherche permanente, usante parfois, la dynamique constante agitant les principes féminins et masculins de notre monde faisant naître une myriade de déséquilibres, sans cesse renouvelés, qu'elle se devait d'anticiper, se préoccupant de fait avec attention de la dimension temporelle. Elle même travaillait beaucoup sur la maîtrise de l'espace, sur les environnements extérieurs, intérieurs, dans lesquels tous évoluaient. Tous, dont elle. Le tout est un tout, par définition.

Cet été, alors que ses pas et missions l'avaient mené jusqu'aux plages arides de l'île du Minotor elle avait senti sous ses pieds nus les pulsations du dragon, ce côté chaud, lumineux, nourricier de l'existence. Elle avait senti poindre le renouveau, la naissance, d'une nouvelle nature, d'une nouvelle saison. Cette sensation euphorisante avait été particulièrement dure à contrôler, ses deux pierres de Duros lui avaient été d'une aide particulièrement appréciable.

Mais là, alors que sous le vent d'hiver, alors que le souffle pressé du tigre venait glacer ses joues et son corps, l'équilibre était difficile à accepter. La nature devenait plus obscure, plus froide, d'une humidité surprenante, tandis que la désagrégation des choses prenait le dessus, étouffant lentement la nature sous sa chape de neige et de froid. Elle en avait brisé, de ses mains rendues maladroites par le froid, un sablier pourtant précieux acheté autrefois dans une des grandes cités.

Laquelle ? Elle n'en avait pas mémoire. Est-ce que cela avait réellement une importance, même quelconque ?

Pas vraiment.

Une pierre dans chaque main, elle resserra les mains jusqu'à sentir les arêtes de chaque joyau s'incruster dans la surface de sa peau. Elle ferma les yeux, avoir ainsi les poings serrés lui permettait d'entendre les pulsations de son sang, son propre rythme, sa propre existence. Elle vouait tellement son existence à la compréhension de son environnement, aux existences des autres, que ces pauses lui procuraient une sensation proche de la torpeur. Un centrage efficace sur sa seule personne, une enclave personnelle dans le brouhaha permanent du monde extérieur.

Elle ouvrit à nouveau ses yeux rouges. Elle les avait longtemps trouvé agressifs, cette couleur sanguine se prêtant peu à la douceur étrange, au calme apparent, de son caractère. Longtemps oui. Jusqu'à ce que, en fait, son maître et amant ne lui apprennent à les apprécier à leurs justes valeurs. Ce qui est rare n'est pas forcément beau, ce qui est beau n'est pas forcément rare, mais une rare beauté n'a pas de prix. Elle était petite, très petite même même si cette réalité l'ennuyait, et si elle cachait ses longs cheveux blonds sous sa capuche de Xelor, ses formes attrayantes sous des bandelettes de lin blanc, c'était un choix calculé. Attirer la convoitise d'autrui... elle n'y tenait pas. C'était autant de distractions inutiles et dangereuses, autant de possibilités pour elle de s'éloigner de sa mission... et de lui.

Pourtant elle aimait à se savoir belle malgré tout, d'une beauté cachée aux yeux de toutes et tous, mais présente tout de même sous son barda d'étoffes et bandages. Sa tenue, par contre, était travaillée, d'un rouge vif pour sa capuche et sa robe de mage, et d'un noir plus sombre pour le reste des étoffes. Les couleurs du dragon, les couleurs du tigre, une fois encore l'équilibre était recherché, voulu, désiré ardemment jusqu'à ces choix de vêtements. Elle se voulait à la fois hiver et été, n'accordant aux transitions qu'une importance mesurée, bénigne. Après tout pourquoi perdre du temps en d'inutiles passages transitoires ?

Le monde n'était certes pas manichéen et peuplé d'une multitude de nuances, mais l'équilibre ne pouvait se satisfaire d'approximations, il lui fallait bien trancher. C'est ce qu'elle essayait de faire de son mieux, après tout, une fois encore, c'était son rôle, à elle.

Elle reprit la route, sa chaîne enroulée autour de sa taille, le regard un peu perdu au milieu d'une foule de pensées. Elle laissait derrière elle les reliquats du sablier et une mission accomplie.

Cela n'avait pas été si simple, surtout avec un froid pareil, le souffle du tigre était vraiment étouffant en cette saison, faisant taire toutes les pulsations du dragon. Une vraie aubaine pour qu'un déséquilibre profond ne s'installe, c'est là qu'elle avait du intervenir. Oh, point de combats, aucune aventure fantastique et périlleuse, malgré l'usage qu'elle aurait pu avoir de ses pierres de Duros, se servant d'elles comme deux aiguilles acérées suivant la direction offerte aux chaînes, elle n'était pas une grande combattante. Elle n'avait de toutes façons pas été formée pour ça.

Le combat n'était qu'une succession de chocs, de contre chocs, de confrontations de toutes sortes. L'équilibre passe rarement par l'affrontement, très rarement. Une opposition est le plus souvent le début d'un déséquilibre profond où le vainqueur impose sa loi au vaincu. Point d'équilibre là dedans, juste un diktat de la force, un carcan imbécile né de la violence. C'était de loin la méthode qu'elle abhorrait le plus. C'était sur l'environnement qu'elle préférait influer, distillant sa magie entre chaque être, entre chaque élément du décor, pour ramener à la raison la balance devenue folle.

Au cœur des montagnes une petite communauté marchande, coupée du monde l'hiver venu, s'était terrée trois semaines durant au sein d'un village aux hauts murs de pierre grise que la neige avait, déjà, recouvert. Ce lieu de passage animé lors des saisons printanières et estivales, se retrouvait isolé lorsque les neiges envahissaient les passages montagneux. Les échoppes fermaient les unes après les autres, les habitants attendant à l'abri de solides et chaudes chaumières le retour des beaux jours et des caravanes et voyageurs. Il en avait été ainsi pendant des décennies, depuis, en fait, la fondation même de la petite cité, rien de plus qu'un bourg d'une quinzaine d'habitations mais une plateforme importante, pivot dans la région, après la fonte hivernale.

Depuis peu les autorités de la plaine n'avaient aucune réelle nouvelle du petit village, un contact régulier étant tout de même conservé via l'envoi régulier en aval d'un bwak des glaces, oiseau habitué à voler en pareilles conditions. Une semaine et demie déjà que, brisant l'habitude des trois jours, aucun volatile n'était parvenu jusqu'au bwakonnier d'Amakna. Silence suffisant pour l'envoi sur place d'une équipe par Fallanster, ou peut-être était-ce le gros Allister. Une semaine passa, aucune nouvelle de l'expédition mandatée par l'autorité royale. C'est ce nouveau silence, plus inquiétant encore que le précédent, qui fit qu'une personne unique, elle, s'était trouvée désignée. Ce n'était pas sa première mission, ni même la deuxième, mais la nouveauté venait du fait qu'elle y était mandée seule. Sans son maître.

Elle s'y était rendue aussitôt, confiante en ses qualités et en ses connaissances, confiante dans ses capacités de perceptions des différentes pulsations tant du Dragon que du Tigre, confiante aussi de se savoir porteuse de la confiance et de la foi de son maître.

Le vent glacial n'avait pas refroidi sa détermination.

La marche longue difficile sur les arêtes glaciales des monts enneigés ne lui paru qu'un nécessaire préambule, incapable d'entacher sa volonté.

La solitude ne lui avait pas pesé, avoir conscience de ses responsabilités était une compagnie suffisante, tout comme la pression, naissante mais présente, de l'imminence du moment où elle devrait faire ses preuves.

Chaque moment passé, chaque pas la rapprochant de son but n'était qu'une pierre de plus à la muraille sans faille de sa détermination.

Oui, elle y arriverait. Peu importait la dureté du chemin. Peu importait qu'elle soit seule. C'était son rôle, à elle, de rétablir l'équilibre là où la balance penchait avec trop de force d'un côté.

Gardant les yeux mi-clos pour éviter la morsure du froid, elle se contentait de fixer les deux joyaux de feu flottant dans le vent devant elle, ses deux pierres de Duros, guidées par les flux en présence, la menant dans le blizzard jusqu'à destination. Beaucoup de jeunes novices peinaient à accorder une confiance illimitée à de simples pierres. Là était l'erreur, les joyaux étaient bien plus que de simples pierres, la présence en leurs seins, piégés au cœur même de chacune d'une partie de l'un des flux, densifiés par les artisans de Duros, rendait sa chaîne plus proche de la baguette de sourcier ou du pendule de devin.

Difficile pour elle de dire avec précision depuis combien de temps elle voyageait ainsi suivant avec une attention exclusive les deux lueurs rouges oscillant doucement. Un jour ? Peut-être deux... trois ? Le temps était pour elle comme pour les siens une chose d'importance négligeable. Et même si elle savait que, pour leurs mandataires, le temps était une donnée précieuse... ils avaient appris, elle avait appris, que faire les choses bien, sans inutile précipitation, était souvent le chemin le plus efficace vers la réussite. Le plus efficace... et, dans la plupart des cas, le plus court.

Du moins c'est ce que son maître avait toujours prêché. Malgré le froid elle eut un petit rire qui la fit tousser légèrement, elle en oublia même un instant ses deux joyaux à cette pensée joyeuse. Ça oui, il n'était pas homme à passer par d'inutiles chemins détournés, elle avait pu le constater lors de son apprentissage, lors de leurs premières missions, lors de..., sourire plus fort encore, moments privilégiés.

Étaient-ce ses pensées ? Les deux pierres de Duros semblèrent fixer l'horizon avec plus de force et d'insistance que jamais depuis le début de son voyage. Elle releva la tête, cherchant à briser l'horizon blanc, opaque, de ses yeux. En vain. Pourtant elle le sentait la fin du voyage était proche, du moins la fin de la première partie de son périple. L'air était toujours aussi froid, mais, portées par le souffle d'Eol, quelques odeurs nouvelles et volatiles. Le fumet prenant du bois de charbon brûlant qu'elle reconnaissait flottant dans l'atmosphère, promesse silencieuse d'un feu crépitant, de la chaleur de flammes qui réchaufferaient ses mains et son corps après cette longue, trop longue, marche. Malgré elle elle pressa le pas, soulagée en ses efforts par la perspective d'un réconfort plus proche à chaque mètre parcouru, jusqu'à parvenir sortant de la brume hivernale à un grand mur de pierres rondes haut de presque trois mètres. L'enceinte du village. Elle relâcha tout l'air contenu dans ses poumons, permettant enfin à son corps d'être essoufflé.

Puis un détail la frappa. Elle n'était pas encore à l'entrée, pas encore, mais, déjà, quelque chose clochait. Elle resta immobile une longue minute cherchant à percer à jour ce message inconscient envoyé par ses sens. Elle s'inquiéta tout d'abord du silence, pourtant normal et qu'une série d'étranges craquements, des crépitements peut-être, venait troubler. Puis de l'odeur de charbon, plus forte, trop forte peut-être. Cela occupa un instant son esprit cherchant à définir sans autres indices la provenance de ce relent carbonique. Puis son regard se posa sur le mur face à elle, sur ces étranges formes noires courant le long de la pierre, sur les traces laissées par la langue d'un feu courant. Les yeux de la jeune femme s'écarquillèrent un peu plus encore. Elle se mit à courir le long du mur laissant sa main parcourir le mur, ressentant les pulsations presque éteintes du flux du tigre.

La destruction avait frappé ce lieu, rudement, trop durement peut-être même. Elle s'arrêta, en sueur, devant le portail de pierres géantes qui faisait office d'entrer à la cité. Pas de porte, plus de porte peut-être à en juger par les trous béants sur la pierre, comme si les montants avaient été arrachés. Malgré elle elle déglutit, envahie par un profond dégoût avant même que son regard n'explore le village dévasté, le Tigre avait été ici si présent que les traces du flux, que les traces du déséquilibre emplissait l'espace, l'air, la terre, faisant palpiter l'atmosphère entière de ses relents de destruction. Elle chercha par habitude, par instinct un reste du pouls du Dragon. En vain. Elle releva enfin les yeux pour contempler le désastre.

Le feu avait ravagé maison après maison, ne laissant, derrière l'inutile protection des murailles de pierre qu'une succession de poutres calcinées et de structures effondrées. Elle étouffa un petit cri. Au milieu des cendres, du brasier désormais disparu, figés dans les affres d'une souffrance horrible, les corps des villageois sur autant de pieux alignés tout le long de la seule et unique rue du village. La jeune femme sentit le goût de la bile lui envahir la bouche et elle du plaquer une main sur sa bouche, horrifiée. Tant de violences gratuites, le chaos et l'horreur s'étaient abattus sur ce pauvre village, hommes, femmes, enfants, nul ne semblait avoir pu réchapper à l'immondice tombée sur ce pauvre hameau.

Quel équilibre ?

Quel rôle pour elle en ce lieu où plus rien ne pouvait être fait ?

Elle sécha les larmes naissant dans ces yeux, choquée par delà les limites du possible par le spectacle auquel elle assistait. La jeune femme ne ressentait plus rien, ni le froid, ni la fatigue, ni même la douleur physique de son corps fatigué par l'ascension. Rien. Elle ne ressentait plus, surtout, les différents flux de pouvoirs, les différentes pulsations la reliant aux courants de pouvoir. Ses deux pierres pendaient lamentablement autour d'elles, privées du lien d'énergie les mouvant habituellement. C'est sans doute pour cela, du moins c'est la conclusion qu'elle en tira après coup, qu'elle ne les entendit pas arriver. Qu'elle ne les sentit pas arriver plutôt.

Dans les traités qu'elle avait pu lire en Bonta elle avait eu l'occasion de tomber su quelques articles, quelques recherches basés sur des rumeurs plus que des faits, sur des tribus étranges peuplant les montagnes. Les « savants », chercheurs dans lesquels elle avait toujours eu une foi quasi inexistante, parlaient d'amaknéens dégénérés, restés dans les montagnes trop longtemps pour échapper aux lois de la plaine. Les YeCh'Tis A voir ses créatures de plus près elle ne voyait pas de ressemblance avec un... humain. Bien plus grand, dépassant largement les deux mètres, recouverts d'une épaisse et abondante fourrure blanche et grise, une figure plus proche de celle du Minotoror que de l'amaknéen lambda et un air... bestial. Loin de tout semblant d'humanité ou de civilisation en dehors du fait, peut-être, qu'ils semblaient évoluer en meute.

Car ils étaient plusieurs, une dizaine, douzaine peut-être. Du moins c'est ce qu'elle pu entrevoir dans sa chute vers le sol, à moitié assommée par un coup porté sur sa nuque. Le choc lui avait fait perdre toute prudence elle se retrouvait à devoir le payer cash, elle s'effondra la neige amortissant sa chute. Elle distingua quelque unes de ces créatures se rapprocher d'elle avant qu'un voile sombre ne remplisse son champ de vision et que l'inconscience ne la saisisse tout à fait.



...TO BE CONTINUED
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